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AU BONHEUR DES MOTS
Jean Mambrino
L’enjeu de la poésie ?
Renouveler le regard que l’on porte sur le monde,
Pour mieux y découvrir la main secrète du Créateur.
C’est cet art subtil de l’émerveillement
Qui inspire le jésuite Jean Mambrino.
Jusqu’à faire de lui un poète de tout premier plan.
Biographie :
Né en 1923, Jean Mambrino est entré dans la compagnie de Jésus en 1941.
D’abord bûcheron au STO, il a été professeur de collège puis chroniqueur littéraire et dramatique à la revue « Etudes »,
où il a écrit d’innombrables articles.
Mais l’homme est avant tout un poète majeur de notre temps,
salué comme tel par ses pairs, au premier rang desquels René Char. Il a publié une vingtaine de livres, dont « La saison du Monde (José Corti) »
et les deux derniers, « Les Ténèbres de l’espérance » et « Grâce(Arfuyen ) ».
Son écriture qui change de livre en livre, prend toutes les formes,
utilise tous les rythmes dans une variété d’images aussi vaste que celle de l’univers. Dans une continuelle discrétion car, comme il l’écrit :
« Si tu nommes trop haut les choses, elles se retirent. »
La poésie ne change pas la vie,
mais elle tient tête au malheur en affirmant notre dignité.
Elle reçoit autant qu’elle donne, permet un embrassement secret dans la nuit.
Mon conseil d’intériorité
« Je suis où tu es, et tu es où Je suis.
Tu fais ce que Je fais, et Je fais ce que tu fais »
cette parole que le Père adressa à Marie de la Trinité,
soeur dominicaine des campagnes et grande mystique du xx° siècle,
je la sais par coeur.
je la dis dans le métro, dans la rue, à ma table.
au cinéma, un peu comme Max Jacob à qui le Christ apparut sur un écran!
« je fais ce que tu fais ».
cela vaut pour chacun de nous,
car Dieu participe bel et bien, secrètement, à toutes nos activités.
faire le marché, la cuisine, le ménage, taper sur un ordinateur,
chanter dans un choeur, parler à un petit groupe, à un prisonnier,
s’unir à l’être qu’on aime.
ainsi chacun peut mêler Dieu à sa propre vie
en ce qu’elle a de plus secret.
Jean Mambrino
Les textes que j’aime
La couleur des yeux
Regarder l’or de cechamp de maïs,
l’ombre émeraude du peuplier sur la pâleur du jour,
le toit dans un pli de la montagne,enduit de soleil;
d’un regard, aussi calme que le ciel qui se dépose
sur l’eau du ruisseau endormi.
laisser les choses être en harmonie
avec l’heure où se noue le multiple et le singulier.
apprivoiser la douleur, notre compagne.
la solitude d’être n’appartient qu’à nous.
Jean Mambrino, »l’Odyssée inconnue »
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Ô toi,silence,
âbime de bonté, absence infinie
dont le nom est Amour,
infime abondance
s’effaçant sans détours,
largesse qui supplie
du fond de sa tendresse,
fondue dans le Pardon
où nul n’est condamné
Jean Mambrino, »Grâce »
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Pourquoi j’aime ces textes
Dans le premier poème rayonne
la splendeur du monde et son caractère sacré.
Splendeur qui se dissimule dans la lumière d’où elle vient,
et parvient à transfigurer la douleur….
elle-même vécue dans cette solitude
qui est notre richesse et notre secret.
Le second poème
est l’ultime de mon dernier recueil,« Grâce ».
Il se présente comme une parole à voix basse
qui s’éfface avant même d’être prononcée.
On y reconnaîtra peut-être
celle murmurée dans « la chambre secrète »
dont parle l’Ecriture et que le Père entend.
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Extrait des propos recueillis par Jean-Claude Noyé
dans la revue « Prier » de juillet-Août 2009
























