LES AMIS SONT LES ANGES QUI NOUS SOULEVENT QUAND NOS AILES NE SE RAPPELLENT PLUS COMMENT VOLER

La seringue a tué le rire

La seringue a tué le rire dans graine de sagesse enfants_prisonniers
Plus d’une fois j’ai pensé atteindre la rive,
chaque fois je suis retombé ;
 sur mon bras droit est tatouée une seringue.
 Mon esprit est marqué.
0c5d2e6c dans temoignage

prisonnier-blogger

Combien d’années ont passé

depuis que j’ai, mon sac de couchage sous le bras,
fermé la porte de ma maison,
depuis que j’ai fumé ma première pipe de hachisch ?
Quatre, cinq ? 
Je ne veux pas y penser !
Je veux oublier !
Quelques amis ont essayé de m’aider,
puis sont repartis.
Que pouvaient-ils faire ?
Je ne vois pas la lourde porte de ma prison
 ni les barreaux à ma fenêtre.
 Quelque part dehors,
 dans Oslo qui se réveille après un long hiver,
mon fils et ma femme m’attendent.
0c5d2e6c
coin_prisonnier_prisoner_corner
Je rêve !
Des images défilent devant mes yeux, des souvenirs…
Paris, l’Afrique, le hachisch,
 puis, en relief, une seringue,
 Istamboul,  l’opium, Téhéran, l’héroïne… 
Tout est vague ! 
Une seringue à mort lente ! 
Ai-je vingt et un ans ou un siècle ? 
La seringue a tué le rire.
0c5d2e6c
Prison
La prison ne m’a pas changé.
Souvent j’y ai séjourné,
puis je suis reparti, de ville en ville,
 de pays en pays, pour fuir l’obsession.
J’ai tenté avec violence de toucher la rive
 sans jamais y parvenir.
 Un jour je suis retourné à la maison,
 les bras percés, et lentement j’ai guéri.
C’est très loin.
0c5d2e6c
580j7m35
Le brouillard se dispersait,
 je suis reparti, mes vieilles bottes aux pieds,
retrouver les amis de la dernière heure. 
Les amis ? Non, la seringue ! 
J’ai renié mes amis.
J’ai renié jusqu’à l’idée de l’amour. 
J’ai renié la vie.
J’ai vécu frileux et caché, sans lever la tête,
 une seringue dans la poche.
 Des jours, des années !
0c5d2e6c
prison-barbeles-400_teaser
Puis le soleil délicatement
 est venu sur mon couvre-lit à la clinique de Cery.
Les semaines ont passé, j’ai refait mes premiers pas,
 le voile se levait mais des périodes sont restées obscures,
 puis j’ai pu rentrer chez moi quelques heures, avant de repartir. 
J’avais été expulsé !
La route, un cahier de vers dans la poche,
un livre de Nerval, les nuits dans les villes étrangères… sans fin…
0c5d2e6c
istock-prison.gif
 Dans un parc d’Oslo,
j’ai rencontré une jeune fille merveilleuse avec un enfant.
La veille de notre mariage
 j’ai été arrêté une fois de plus
 pour possession illégale de stupéfiants.
 Les journées passent, les semaines aussi. 
Dehors on m’attend. 
0c5d2e6c
100326070048926095703876
Deux fois par semaine
 elle vient me voir dix minutes,
 un geôlier me conduit au parloir… 
Encore une fois je vais essayer, je ne suis pas seul,
 et je lui dirai :
Voilà, cette fois j’y arriverai !
Combien d’années ont passé ? 
0c5d2e6c
429991_364060770273130_714753524_n
J‘aimerais que cette lettre soit publiée.
Si d’autres peuvent ainsi éviter cette voie,
 tout n’aura pas été inutile.
0c5d2e6c
Anonyme, Prison d’Oslo, le 31 mai 1970
29 janvier, 2012 à 21:13


Un commentaire pour “La seringue a tué le rire”


  1. dilou écrit:

    Merci chère Martine d’avoir publié cette lettre si touchante!! j’espère que depuis tout ce temps , « cette eorsonne » a pu se créer une famille.. En 1970, c’est l’année où mon fisl est arrivé au monde.. Il va avoir 42 ans, beau et bon garçon, papa de 2 filles de 9 et 3 ans et demi: hélas, sa vie a basculé en juillet dernier, puisque sa femme l’a quitté « pour un autre » après 15 années!! Rine n’est jamais acquis dans la vie, alors lorsque le Bonheur frappe à la porte: il faut le saisir avant qu’il ne s’envole ailleurs!!
    je t’embrasse bien fort: ton amie Odile


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>